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Thomas

23.02.2017 > 05.03.2017

Thomas - « Fissures »

Vernissage le jeudi 23 février 2017 à partir de 18 heures
Exposition du jeudi 23 février au dimanche 5 mars 2017

Thomas

Les fissures font parties de notre quotidien, qu’elles soient visibles ou invisibles. Les imperceptibles sont en chacun de nous telles des utopies fissurées. Elles ornent et habillent nos plus belles architectures, nous dévoilent ainsi les tensions et les lignes de forces. C’est pour cela que Thomas a pris le parti de les mettre en lumière, de les rendre belles en venant y déposer de l’or. Il les enrichit telles des cicatrices marquant un parcours de vie, il les sublime pour accrocher le regard et ne pas les oublier. Enrichir les fissures c’est un peu comme panser les blessures.

Entre street art et land art, ce travail en extérieur consiste à rechercher des fissures et à les photographier. Thomas en fait le relevé. Parfois il est possible de les enrichir sur place. Il prend alors quelques diamants qu'il enfouit recouvert d'une pincée d'or. Le travail à l'atelier consiste à déposer la feuille d'or sur le tracé de la fissure photographiée. Parallèlement, il réalise des moulages qui deviennent des sculptures, représentant en plein le volume occupé par le vide de la fissure.

Historique en quelques dates

1982 - Fissure de la Bastille - Paris - France
1987 - Fissure de New York - Etats Unis
1997 - Fissure d'Anvers - Belgique
2010 - Fissure de Tokyo- Japon
2014 - Fissure de San Victtore - Suisse
2015 - Fissure de Moudon - Suisse

/ téléchargez le communiqué de presse /

Le site de l'artiste

Thomas
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26.02.2017
Catalogue Thomas

Dimanche 26 février 2017 de 15 à 17 heures

Rencontre avec Thomas qui dédicacera le catalogue de l'exposition et réalisera des relevés de fissures en direct.

Catalogue de l'exposition « Fissures »
Tirage limité à 50 exemplaires, numérotés et signés.

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You only live twice

« Par secousses intermittentes, brusques comme les bonds d'un tigre, la vie émerge faisant palpiter sa crête sombre sur la mer. Voilà à quoi nous sommes attachés voilà à quoi nous sommes liés, tels des corps humains à des chevaux sauvages. Et pourtant nous avons inventé des procédés pour colmater les crevasses et masquer ces fissures. »

Virginia Woolf, Les Vagues

Localisé tantôt sur les rives algériennes ou au beau milieu d'un océan, tantôt sur la terre ferme qu'elle soit belge, suisse, nippone, parisienne, romaine ou new-yorkaise, le personnage se montre d'une insatiable mobilité.

Habité par un mouvement perpétuel, il s'invite, adolescent, dans les officines d'artistes du quartier Bastille et d'ailleurs, se nourrissant en fin gourmet de savoir-faire, de techniques diverses mais singulières, de rencontres éclairantes.

Dès lors, la route sera toute tracée. La création prendrait une place, une place prépondérante… toute la place. Bernard Thomas ne produit pas de l'art, il sculpte sa vie en une œuvre protéiforme, humaniste, une ode à la liberté !

Quelle plus belle image de liberté que celle de se jouer du temps. Celui d'appréhender les techniques de plongée sous-marine ou les rudiments de pilotage, si nécessaire à la fécondation pluriannuelle de telle ou telle œuvre.

Il câline les glaciers, tutoie les fonds marins, cajole les nuages, dialogue avec le soleil, se joue des cristaux de neige… Quand il entend le mot art, il fait parler la poudre pour de stupéfiants tableaux explosifs.

Un instant, la camarde crut avoir la main et maîtriser les jours de Bernard Thomas… « Il mourut pour le plaisir de renaître demain. Fit la nique à la mort ! »

La fissure était là, entre être et avoir été, entre art et artisanat, entre démocratie et médiocratie… Ce pas grand-chose qui change tout, Thomas non seulement le panse et le magnifie de poudre d'or et poussière de diamant mais encore permet au passant « d'en avoir sous le pied » et d'essaimer l'enrichissement au gré de ses déambulations.

Une première vie n'a pas permis à Thomas de matérialiser tout son imaginaire, une seconde vie peut-être pas davantage, mais comme le dirait si bien son potentiel biographe Jules Verne,  « rien ne s'est fait de grand qui ne soit une espérance exagérée »…

Jean-Luc Hinsinger

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90e enrichissement - 4 décembre 2010 à 17 h 30
Concession du cabinet d’amateur
Relevé de fissure sur pli - Encre, feuille d’or et diamant industriel
Format plié 6,6 x 11,7 cm

Thomas

Né en 1953 à Constantine en Algérie de mère maltaise et de père tourangeaux , Bernard Thomas n’a jamais pu fréquenter les écoles d’art car la disparition précoce de ses parents l’entraine à passer les douze premières années de sa vie en pensionnat. Dès sa sortie il s’engage sur les bateaux de La Marine Marchande. Son école est la vie. Son maître c’est lui même. Il parcourt ainsi les continents, l’Afrique, l’Australie , les Iles du Pacifique. Autodidacte il découvre et développe ses talents de sculpteur.

Mais la hiérarchie , la discipline et l’anti-individualité imposées à bord l’étouffent. Pourtant la vie de nomade et l’appel de la mer resteront plus forts. Il décide d’embarquer sur un pétrolier. Les pieds dans le pétrole mais la tête dans les étoiles, Bernard rencontre « l’Or Noir ». Ne supportant plus d’être l’esclave de la matière et des autres , il met fin à sa carrière de marin sans pour autant s’affranchir de sa vie de nomade, qu’il considère comme sa plus belle et grande source de connaissances. Il parcourt l’Europe et fait la découverte d’un monde qui le pousse à devenir sédentaire : « l’artisanat ».

Bernard Thomas s’installe en Belgique, intégré et reconnu dans cette société il apprend la notion de liberté. En effet il est possible de vivre libre et sans s’asservir à un patron. Sa route croise alors celle de Michelle Knoblauch qui deviendra sa femme et son initiatrice au monde de l’Art.

Fissure - 2010 - Rue de la Forge Royale - Paris XIe

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Depuis les années 70, Thomas a exposé en France, en Suisse, en Italie en Belgique ou encore au Japon. Une grande partie de ses œuvres sont signées par un impact de balle dans laquelle il ajoute délicatement de l’or fin. Sa série "Constellations", par exemple, est une série de grands formats où le geste furieux de l’Homme est retranscrit par celui de l’artiste, et exprimé non seulement par son pinceau, mais surtout par son fusil.

Thomas fut l’artiste-phare de "Nature/Dénature" à La Porcherie puisque, en plus d’avoir présenté la totalité de sa série de photographies "Sang de glace" et une projection vidéo sur son travail dans les glaciers, il a repris le titre de l’exposition en langage télex avec une impressionnante installation composée de deux-cents-vingt-quatre ronds de verre siliconé dont l’impact –toujours le même procédé, est doré à l’or fin, et a installé dans la cour de La Porcherie un diamant rouge en acier de deux mètres quarante de haut, dont la première édition appartient désormais à la ville de Puurs, Belgique.

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Thomas

New York en sept jours - 1987
16e enrichissement

Le premier jour

Nous assistâmes au réveil de la cité. Le haut des buildings, au premier rayon de soleil, parut s'enflammer très rapidement. La ville augmenta ses décibels, les grincements des baskets sur le trottoir entamaient leur chanson. Ensemble sirènes, marteaux piqueurs et klaxons accompagnaient la sérénade. New York vivait. La journée fut passée à divers préparatifs indispensables à tout enrichissement, le choix de l'or, de l'argent et des diamants qui seraient enfouis ce jour-là. J'appris que, dans une contrée lointaine, certains hommes aussi pratiquaient semblable rituel. Ils dispersaient sur les mariés des milliers de carats de diamant.

Le soir nous étions quatre, d'un pas guilleret, nous partîmes voir se coucher le soleil, le ciel rougeoyait, les avions et les hélicoptères évoluaient, faisant hommage à l'astre qui descend. Sur l'Huston amarré, un gigantesque porte-avion pointait son gaillard sur la ville, la rassurant sur son auto-défense.

Le deuxième jour

Nous partîmes à l'ascension du point le plus haut accessible. Tel un aigle, le regard perçant, je regardai cette île, site privilégié où l'homme exprime sa puissance.

Les coiffes des immeubles sont splendeurs étonnantes; tantôt pentues, parfois pointues, parfois dentelles, mais très souvent splendides. Dans mon dos, je vis deux amoureux qui, les yeux dans les yeux, s'imaginaient au ciel, ignorant totalement qui était en bas. Je compris le dicton: l'amour est aveugle. Soudain j'aperçus en contrebas le quartier des affaires et comme l'Enrichissement était à faire, je pensai à ce site pour le faire. Nous aperçûmes tout d'abord une église portant sur ses pierres les traces du passé. C'était la plus ancienne, sur ses côtés les lieux d'un nouveau culte s'étaient érigés, le temple de l'argent.

Wall Street, c'est là que je décidai de trouver la fissure. Tout d'abord, je ne pus la découvrir. Dans une rue voisine, je fis un relevé assurant ainsi les arrières au cas où...! L’atmosphère était étrange. Que se passait-il ? En remontant la rue, je pus l'apercevoir suivant son chemin de force, elle déviait tout à coup. Je sus tout de suite que ce serait le gîte. Je fis un rapide relevé et constatai que son emplacement se situait au pied de George Washington, élu à cet endroit même premier Président des Etats-Unis. J'avais là une bonne occasion pour réfléchir.

Le troisième jour

Rebondissement : j'apprends dès l'aube qu’à l'instant où la veille je faisais le premier relevé de la fissure, la Bourse de Wall Street amorçait une forte tendance à la baisse. Que de coïncidences ! Je comprenais cette atmosphère étrange que j'avais ressentie. La journée s'avançait, le temps était venu d'évaluer l'ampleur de la fissure. Elle paraissait soudain impressionnante, dans ma poitrine, l'air avait du mal à se frayer un passage. Je dus d’abord la nettoyer, ses arêtes étaient très nettes, je sus très vite qu'elle n’était pas profonde, ceci me rassura. Je pris cinq relevés d'un geste assez rapide, ensuite je déposai en son coeur de l'or et le ciel tout à coup s'obscurcit. Tout devint obscur, seule la fissure jetait ses éclats d'or.

Le quatrième jour

Ce fut celui du plaisir. En compagnie de quelques amis, nous prîmes au 107e étage un brunch somptueux en regardant la ville, ensuite une rapide visite sur le gîte et nous sommes partis prendre un bateau pour sortir de cette île. La cité s'éloignait, les mouettes nous accompagnaient, la liberté symbolisée était là, sur son île. Le soleil se couchait. Au retour, je pris quelques diamants, que je déposai ci et là dans la fissure afin que les humains, demain, puissent l'apercevoir.

Le cinquième jour

Le monde entier avait les yeux rivés sur le site. Dans les rues, les journalistes, photographes, scrutaient les fenêtres : qu'attendaient-ils ? A leurs pieds, l'or et les diamants scintillaient, mais peu d'entre eux le voyaient. Pourtant certains, les yeux fixés au sol, ne manquaient pas de constater les pertes, continuant leur chemin, je les surpris réfléchissant à cette action. Ce jour-là fut surnommé le lundi noir de Wall Street.

Le sixième jour

La ville était en état de choc et je partis pour constater. Je pus au cours de mes péripéties faire les quartiers les plus touchés mais je devais poursuivre mon Enrichissement, je devais faire des concessions. La première fut dans un jardin fleuri, là des écureuils s'affairaient pour préparer l'hiver. La peinture et la sculpture ici avaient une place honorable. Je vis une porte fissurée et j'en fis le relevé. À quelques mètres de là, au pied d'un grand arbre, j'enfouis des diamants, je laissai de l'argent et partis à la recherche d'un gîte pour la deuxième concession. Je découvris un homme tout d'or recouvert, tenant dans une main un miroir, dans l'autre une lance d'apparat, sur ses côtés quatre colonnes et devant lui une rue portait le nom du Français qui aida les Etats-Unis à conquérir leur indépendance. Aux quatre points cardinaux, je déposai des diamants au pied de chaque colonne, aussi à l'aplomb du petit homme, de l'or et de l'argent, constatant ainsi l'hommage fait par ce pays au mien. Je partis à Liberty Street et je pus constater une énorme fissure que j'enrichis avant d'en faire le relevé. Ensuite j'atteins le débarcadère et pris conscience que bien avant moi vivaient sur cette île des autochtones. Serai-je ici s'ils étaient encore là ? Je repérai une fissure et j'en fis le relevé, déposai des valeurs pour me souvenir de ce site où pareille question me fut posée. Empruntant le chemin de la vie, je partis rejoindre le chemin de l'Indien; il se trouvait au nord de l'île, le schiste de Manhattan formait de mini falaises, scindant en deux bras le cours de la rivière et, sur l'un d'eux, un tout petit canot descendait le fil de l'eau. Je crus ressentir un court moment une vie d'autrefois. Je fus rappelé très vite à mon époque, j'étais sur un pont enjambant la rivière.

Là des camions, les hommes, les trains et les voitures passaient tous en même temps. Le pont vibrait de toutes parts, le sol était fait de rectangles de métal remplis de béton. Je cherchai une fissure, sûr de ne pas la trouver, Je ne pouvais pas le croire, elle était là, suffisante pour cacher dans son coeur des diamants, une fois le relevé effectué. Un homme me souriait en me disant bonjour, alors, sentant se terminer le jour, je partis dans la forêt goûter au calme. Autour, des gens de toutes races et de toutes religions goûtaient aux plaisirs de la fin de l’été indien, les arbres étaient très colorés, les oiseaux chantaient, une poignée de diamant fut lancée à la rivière pour enrichir l'histoire.

Le septième jour

Le septième jour, du haut de ma fenêtre, fut le dernier regard. Au pied de ce building, je mis les dernières pierres et rentrai à Paris pour créer les gardiens du 16e Enrichissement.

Thomas 1987

Thomas

Fissure Anvers, 1997

Ville Enrichissement Art
par Francesco Gallo

Bernard Thomas est essentiellement un sculpteur. Toute son imagination se déroule pour des traversées de l'espace, des compléments de souhaits burlesques et renversements de toute finitude ordinaire. B.T., je l'appellerai ainsi, aime la ville, non celle-ci où celle-là en particulier, il aime les rues et les places, les immeubles et les gens, de Rome et de Paris, d'Hanovre et de New York. Il aime le beau, le fantastique, l'extraordinaire. Un beau, un fantastique et un extraordinaire qui lui habitent dedans, plus de ce qu'ils ne sont ou ne se démontrent dehors, à l'extérieur. De la ville, du monde, de ses méandres maintenant lumineux, maintenant obscurs, il bouge en un pèlerinage continu, en une contamination continue de l'idéal avec le réel, les mixant en continuation, ainsi que le réel n'est plus aussi réel qu'il le semble et l'idéal n'est plus aussi idéal qu'il l'apparaît. La ville est un prétexte et un texte, en même temps. Un demi-sommeil et un rêve, une énigme, tout à résoudre et tout non résolu. Tout pareil et tout différent. La ville, chaque ville, doit être tissée comme une toile d'araignée, tissée avec les pas lents de qui marche sans but, parce que le but est dans la marche même. Il ne cherche pas le bonheur, il l'a déjà trouvé dans l'aller qui est pareil au venir.

Ainsi B.T., intrigué et satisfait, bouge le regard en signe de défi des heures passant, le temps scandant qui change la lumière et déplace les ombres. B.T. entre en concurrence avec lui, le défie par jeu, et c'est comme si le temps acceptait le défi, courant et s'arrêtant à sa fantaisie, pour ne se faire jamais attraper, pour marquer toujours une distance, mais faisant attention à ne pas allonger la distance, à ne pas interrompre le jeu.

Naissent ainsi les jeux, ses jeux, avec les nuances de la ville, avec les points non définis où a agi le hasard, l'accidentalité apparemment inexpressive. C'est le cas des fissures sur le terrain, c'est-à-dire sur le goudron de rues et des quais. Personne ne daigne les regarder si elles ne sont telles à procurer un obstacle. Pour B.T., elles sont devenues une occasion d'intervention de l'artiste, de son aptitude alchimique à la transformation de l'accident en richesse, de la perte en découverte. Il suffit de se pencher, verser du matériel où il manque du matériel. Se produit l'événement, le mélange d'or et de diamants avec l'humble terre, la dispersion du germe précieux dans le champ, comme s'il pouvait dériver de celui-ci une source capable de dispenser la richesse pour tous, pour tous et pour personne. Enrichissement, il l'appelle, et il le nombre, donnant un ordre au jeu, donnant un nom au souhait.

B.T. crée les conditions d'une fantastique et concrète fécondation, profitant de chaque hiver humide, attendant qu'après arrive le printemps. Chaque fissure peut être objet de son attention, de sa tendre intervention penchée, presque à saisir les battements de la terre. C'est tout un jeu mais, comme tous les jeux, il est terriblement sérieux, avec un esprit total, avec participation. Quelque pointe d'ironie que, quelquefois, on saisit en lui est seulement un moyen de défense, non pas l'expression d'une forme de détachement. J'ai eu moyen de me rendre de compte de cela pendant un séjour milanais au mois de juillet de cette année. B.T. l'a passé entièrement à faire connaissance avec la ville du Ticinese au Duomo, observant les places comme sites possibles de ses sculptures, et mesurant les fissures sur le goudron, comme sites possibles de son intervention d'apprenti de l'alchimie.

Nous avons parlé longtemps de ses idées sur l'art, de sa conception de l'espace et du temps. Nous avons parlé, et je l'ai fait parler longtemps pour comprendre, pour connaître. Pour avoir du matériel suffisant à traduire en mots et phrases qui fussent fondées, aussi, sur la connaissance de la pensée qui le guide, de la passion qui l'anime. On dirait un Indien, sans âge, en dehors du temps. Sa peau est de celles qui auraient pu traverser les millénaires et nous parvenir avec un énigmatique sourire malin. Nous nous sommes promenés dans des rues remplies de monde et des allées bordées d'arbres, nous avons projeté des choses en commun. Mais je ne peux absolument pas dire l'avoir compris ou bien connu. B.T. est resté un mystère, un mystère sans complications mais, justement pour cela, plus impénétrable.

J'ai regardé longtemps les photographies des divers enrichissements et lu les textes qui les ont accompagnés. Pendant que j'écris il se trouve à Dublino en train d'en faire un autre. Lentement sont en train d'apparaître les parcours d'une carte personnelle du monde. Une carte poétique destinée à pulluler de l'intérieur, à se rendre toujours plus poétiquement labyrinthique, au fur et à mesure que B.T. traverse les frontières de l'esprit. Justement parce que son travail est comme un reflet du magma interne, des concepts qui sont remis à flot, à la surface d'une visibilité indirecte, instable, fantasmatique. Bref, il s'agit d'une glace dilatée, grande comme une galerie de tableaux, avec un homme qui regarde le paysage d'une ville, et ce paysage, lentement, s'ouvre, se dilate, toujours plus, toujours plus, jusqu'à comprendre aussi la galerie qui le contient, avec ce qu'il y a d'autre dedans, tableau et décorations et gens. N'y échappe même pas l'homme qui est en train de le regarder. Il s'agit de réalité ? Il s'agit d'illusion ? Il s'agit de tout temps ensemble. Parce que, comme a écrit Italo Calvino, toutes les réalités et toutes les illusions peuvent prendre forme, à travers une médiation verbale, capable de contenir dans son giron les abstractions, les considérations et les intériorisations de la visualisation, combinant, en un tout qu'on peut distinguer mais non extraire, l'onirique et le sensible.

B.T. intervient, avec ses enrichissements, pour s'interposer entre l'extériorité de la situation trouvée, étalée par le hasard ou le destin, monde, grand et petit en même temps, et soi-même. Un soi-même nomade, inquiet, voyageur en compagnie des bagages de l'expérience continue et de la fantaisie constructrice. Les visions polymorphiques de B.T. ont un développement pendulaire, de l'âme aux yeux et des yeux à l'âme, contenues, dans des structures linéaires qu'on peut étendre sur l'horizon du terrain ou sur la verticale des métaux immobilisés comme des serpents à sonnettes. Comme, dans ce cas, B.T. plie et force les possibilités géométriques du métal, dans le premier il agit par minutieuses additions de petits points à petits points (une succession de diamants et d'autres pierres précieuses) perdus dans une poussière d'or, comme du sable. B.T. assainit ainsi la fente, constitue l'intégrité du sol et, en même temps, représente un spectacle bariolé du monde, dans une surface toujours pareille et toujours différente, comme les dunes poussées par le vent du désert. J'ai l'impression de voir à l'oeuvre le Calvino de la Ville invisible, de Palomar ou des Cosmicomics, mais aussi le Loyola des Exercices spirituels qui prescrit comme préliminaire à chaque enlèvement contemplatif la " composition visuelle du lieu ". Ou mieux, B.T. semble vraiment un personnage irréel, narratif, s'étant matérialisé du feu sorti de la bouche d'un jongleur et saltimbanque, qui erre de place en place, de ville en ville.

La psychologie est la même, avec la même joyeuse insouciance, avec le même génie improvisateur, reste aussi le caractère provisoire. Le feu dure un instant, comme un coup de clairon, laisse un goût amer et eut une traînée de fumée. L'enrichissement est dispersé par un orage ou le piétinement. Peu, en arrivant à la maison, se rappelleront du saltimbanque. Peu se rendront compte d'être passés sur un bonheur sans l'avoir cueilli. Mais, à nous, ceux-ci ne nous intéressent pas du tout. Nous adressons un hommage respectueux aux peu qui se pencheront, avec regard furtif, qui creuseront avec avidité et gloutonnerie, cueillant, cueillant et mettant dans la poche, et ensuite fileront à pas rapides, pour pouvoir se retirer, regarder et goûter de posséder. A eux, innocents acteurs d'un rôle prévu, merci pour la collaboration.

Traduit par Valérie Le Bihan

 

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