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Point
d'impact en vue d'un nouveau pacte
« Chaque artiste, en tant que fils de son époque, doit
l'exprimer »
Wassily Kandisky
Du Spirituel dans l'art et dans la peinture en particulier
L'art, depuis qu'il s'est affranchi des dogmes religieux à
la fin du XIXe siècle et des règles des régimes
totalitaires au cours de la première moitié du XXe
siècle, s'est découpé son espace sacré
d'autonomie au sein des pays démocratiques. L'art, de ce
fait, ne joue plus aucun rôle dans la société,
à part celui, en citant Cassirer, "de rendre visible
aux plus humains parmi les humains les merveilles dans lesquelles
ils vivent sans s'en rendre compte". En d'autres mots, l'art
contemporain, est antitout, il n'est ni bon ni mauvais, ni politique,
ni sociale, il peut être explicite et au même temps
hermétique, pas facile mais parfois pas difficile, il peut
être tout et au même temps rien. Le fait est que dans
la société contemporaine où la seule règle
imposée paraît être celle du possibilisme, l'art
peut tout se permettre étant donné que aujourd'hui
rarement se lèvent des voix de contre, des voix qu'autrefois
étaient les remparts à la défense des valeurs
considérées comme inviolables. Qui fait donc la différence ?
Qui décide si un artiste est bon où si son œuvre
n'est qu'une trouvaille ? Dans les dernières années
on parle de plus en plus d'un système art, qui affirme à
travers ses acteurs le succès de l'artiste même lorsque
ses œuvres ne sont que des boutades. Comment pouvoir alors
se mouvoir en dehors du système? Comment un artiste peut-il
montrer son travail et recevoir des critiques objectives ?
Je pense qu'aujourd'hui plus que par le passé
le seul moyen dont nous disposons pour être objectifs et formuler
un jugement impartial de l'œuvre, c'est l'évaluation
à travers la portée de son concept fondateur et de
ses qualités esthétiques. Une œuvre d'art devrait
donc interpeller nos sens, sans nous laisser indifférents.
Je fais ce préambule car je pense que afin
de saisir les dernières recherches de l'artiste français
Bernard Thomas, il était nécessaire d'affirmer mon
point de vue sur "l'art d'aujourd'hui". L'œuvre de
l'artiste va contre-courant par rapport au désengagement
artistique et elle assume une fonction sociale outre qu'esthétique.
Elle pourrait par son aspect extérieur être ressentie
comme ambigüe, alors qu'elle naît d'une nécessité
intérieure qui la charge de valeurs symboliques existentielles.
Dans ses dernières recherches, Thomas a réalisé
des œuvres à partir d'une arme à feu. Oui, vous
avez bien compris : des œuvres comme "point d'un
pacte" et "Faucille fini" (Faucille et marteau),
naissent de l'explosion de projectiles qui se sont brisés
sur des verres en silicone. Nous ne sommes pas confrontés
pour une énième fois à un artiste dépourvu
d'idées, mais au contraire nous sommes face à un artiste
qui ressent l'époque où il vit et qui cherche à
la représenter avec les moyens qui lui sont plus adaptés.
Thomas évolue donc sur une double voie : l'une esthétique
où il aperçoit dans les craquelure des trous provoqués
par les projectiles une nouvelle possibilité expressive formelle ;
l'autre éthique : les coups de feu, la poudre à
tirer, les armes en général depuis toujours symbole
de mort et de destruction se chargent ici de valeurs pacifiques
en nous incitant à une réflexion sur leur utilisation
au niveau planétaire (missions de paix armées! par
exemple). A travers ce bouleversement de sa fonction d'utilisation,
Thomas anobli l'arme à feu en lui attribuant un nouveau statut,
jusqu'à maintenant inimaginable.
L'aspect curieux est que Thomas n'est pas le premier artiste à
relever le défi des projectiles et des armes à feu,
cela dit son originalité n'est pas amoindrie, car les modalités
de représentation lui appartiennent. Par les passé,
il m'est arrivé de rencontrer des artistes qui rejoignaient
la même poétique: un artiste du Mozambique, Goncalo
Mabunda, qui construit de sculptures figuratives à partir
d'armes hors usage, et un autre italien Pino Modica qui en utilisant
des pistolets semi-automatiques Beretta ou Kalachnikov provoque
des trous sidéraux sur des verres pour des essai anti perçage.
Je pense donc que si des artistes lointains géographiquement
et culturellement se retrouvent sur un territoire conceptuel commun,
cela signifie, en reprenant la citation de Kandinsky au début
du texte, qu'ils sentent globalement l'époque dans laquelle
ils vivent, la représentent dans le but de réveiller
les consciences endormies. Et alors Thomas si cela est ton intention,
je t'invite à tirer autant de coups de feu que tu peux en
mesurant les points d'impact en vue d'un nouveau pacte.
Alberto Dambruoso
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