| Rencontre
avec les Esprits du Myanmar
Poings levés vers le ciel, le regard illuminé
sous le front chargé de fleurs, San Haling Tun, somptueux
dans son costume de soie, se fraye sans encombres un passage vers
le temple.
Dans le soir tombant, la chaleur se fait à
peine moins oppressante. Le roulement obsédant des tambours
accompagnés par une batterie de gongs se mêle aux parfums
des jasmins répandus sur le sol. Assises en tailleur, les
femmes rafraîchissent l'air de leurs petits éventails
de papier multicolores.
San Haling Tun est entré ; il s'avance, le
regard droit, bien campé sur ses deux jambes, et se balance
d'un pied sur l'autre en frappant bruyamment le sol de ses talons
en hochant de la tête.
S'abandonne-t-il déjà à la
fatigue, ou feint-il une ivresse passagère pour enjôler
le Nat dont il est l'époux ?
La chanteuse, une frêle mais énergique
petite femme, agrippe le micro et donne des ordres aux musiciens
: le rythme des gongs s'accélère, le batteur frappe
frénétiquement son tambour et son chant à elle
se fait rauque. En cadence, elle lance des cris, comme une exhortation,
à travers le temple soudain agité par une ferveur
et excitation grandissantes : «Hey! Hey! Hey!»
Elle lève les poings et s'avance vers le
danseur qu'elle accueille avec exaltation. Le Nat Min Kyaw Swa,
également appelé le Fameux ou plus familièrement
Kogyi Kyaw (Grand Frère Kyaw) sa pris possession de San Haling
Tun.
Celui dont la vie terrestre obéit aux seules
passions de l'opium, de l'alcool et des jeux d'argent est en effet
l'un des Nat (ou esprits) les plus populaires de toute la Birmanie.
Son culte est parmi les plus répandu et nul spectateur dans
l'assistance, qu'il soit un enfant, une épouse vertueuse
ou un jeune moine, n'ignore l'histoire du Nat Kogyi Kyaw. |