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Lors de recherches à la bibliothèque
historique des PTT, j'ai eu la curiosité de consulter
l'annuaire de Paris par rues de 1970. Parmi les commerces
et activités de la rue on comptait une épicière,
Mademoiselle Touitou, un "commerçant", M.
Marquès, un bijoutier, M. Lévy, un M. Crombez
dans le secteur des "luminaires bambou", un tailleur,
M. Morgentin, un tapissier du nom de Couture, un boucher,
M. Goldminc, un Napolitano, ébéniste, un vernisseur,
un café, une Maria Adenis boulangère, un fabricant
de luminaires en fer forgé, un miroitier; sans compter
un professeur, Mme H. Debove et une receveuse RATP, une certaine
Mme Goffinet dont je ramassai l'année dernière,
lors, je suppose, de son décès ou de son départ
vers une riante maison de retraite, parmi quelques déchets,
un lot de cartes de visite inutilisées. Il y avait
aussi un certain nombre d'entreprises moins pittoresques dont
un frigoriste, un vendeur de panneaux en contreplaqué,
une imprimerie, la S.I.C.A.G, un agent d'assurances, M. Gérard,
quelques plombiers -chauffagistes etc.
On repère encore quelques traces de
ces activités : au n° 25 une façade peinte
en jaune à même le mur est surmontée de
la raison sociale de l'ancienne activité dessinée
dans une impressionnante typographie noire et blanche : MORSE
RADIO réparateur d'appareils de TSF et de machines
à laver tombées en carafe. Au n° 4, occupé
maintenant par un bureau anonyme, camouflé derrière
des stores vénitiens, des adhésifs miroir et
des plantes vertes en bout de course, l'élégance
défraîchie de la devanture en marbre signée
"Ch. Grossman installateur" rappelle la boucherie
qui était établie au même endroit sous
le nom de Société Générale d'Alimentation
Contre la Vie Chère.
A 20 mètres, rue de Candie, il y a
une ancienne station-service ANTAR fermée depuis une
dizaine d'années. Son propriétaire, dont la
photo du général Massu (personnellement dédicacée
s'il vous plaît) veillait sur le bureau, me déclama
un jour une de ses rédactions, dont je me rappelle
juste un passage sur la timidité de la violette. Il
continua à cultiver ses orchidées, en pestant,
dans son garage fantômatique, des années après
la fermeture. En face, au dos des immeubles impairs de la
rue de la forge royale, à la place du gymnase dessiné
par Massimiliano Fuksas, le terrain était occupé
par des ateliers et des cabanes en bois d'un étage
au plus où travaillaient une foule d'artisans, vernisseurs,
laqueurs, patineurs etc. Ces baraques ont disparu pendant
un incendie en 1973. Le terrain demeura vague jusqu'à
la construction du gymnase, dans les années 80. D'après
certaines sources fiables, la rue était un repaire
de clodos et de junkies. On sent toujours que des parcours
ancestraux y ramènent les vagabonds les yeux fermés.
Un paisible clochard est notre voisin depuis quelques mois.
Il a élu domicile dans un renfoncement abritant la
sortie de secours d'un club de fitness par où filtrent
des bribes de disco parfois couvertes par les injonctions
de l'entraîneur. Installé sur un matelas qu'il
ne quitte que rarement : assis le jour, allongé la
nuit où il rale comme un bon bourgeois contre les noceurs
qui rentrent tard et l'empêchent de dormir. |