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FEMININ PLURIEL
Septembre-novembre 2009
En écho au nouvel accrochage des collections
permanentes au Centre Georges Pompidou, qui, sous le nom de « Elles@Centrepompidou »,
rend hommage aux artistes femmes, une vingtaine d'espaces culturels
parisiens (galeries, musées, centres culturels, librairies
spécialisées) se sont fédérés
autour d'un grand événement: « Féminin
Pluriel ». « Féminin Pluriel »
est un parcours entièrement dédié à
la création féminine, laquelle investit durant trois
mois une multiplicité de lieux culturels dans la capitale.
Lui consacrer une saison, c'est donner à la femme le temps
nécessaire pour montrer au public que l'oubliée des
cimaises a toujours sa part d'investissement dans la création.
Le public est invité à découvrir et apprécier
la diversité de la création féminine ainsi
qu'à confronter ses idées sur un forum conçu
spécialement pour accueillir les témoignages de femmes
plasticiennes aux expressions plurielles :
www.areafemininpluriel.com
Les deux seuls maîtres mots de l'événement,
« féminin » et « diversité » :
Le féminin à l'oeuvre au coeur de la diversité.
Diversité des artistes, diversité des expressions,
diversité des oeuvres, diversité des lieux, diversité
du public... Le pari, susciter la rencontre entre les publics, les
artistes et les responsables d'espaces culturels lors de vernissages
et de rencontres qui rythment la saison jusqu'en novembre prochain.
Liste des lieux d'exposition
Orangerie du Sénat
Musée de la Halle Saint Pierre
Cité nationale de l'histoire de l'immigration
Centre culturel Wallonie Bruxelles
Centre culturel Calouste Gulbenkian
Galerie Le cabinet d'Amateur
Galerie Marie Vitoux
Galerie Claire Corcia
Heart Galerie
Galerie Mediart
Galerie Brun Léglise
GalerieArea la réserve
Galerie GNG
Galerie d'Est et d'ouest
Galerie Esther Woerdehoff
Galerie Lacen
Galerie Samy Kinge
Librairie espace des femmes
Librairie Violette and Co
Galerie 64 bis
Galerie Europia
Téléchargez le
programme du Parcours 2009
Contact coordination et presse
Leïla Pinard
06 07 39 59 44
femininplurielparis@gmail.com
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La
Force de l'Art 02 |
La Faiblesse de la Force de l'Art
Le 24 avril 2009, à Paris, la seconde édition
de l'exposition la Force de l'Art ouvre ses portes. Cette
manifestation triennale, organisée par le Ministère
de la Culture et de la Communication, le Centre National des Arts
Plastiques et la Réunion des Musées Nationaux, comporte
trois volets. L'un voit 7 artistes, Les Visiteurs, investir
des lieux hautement symboliques de la capitale ; l'autre volet,
Les Invités, consiste en un « festival
d'événements et de performances ».
L'élément central, Les Résidents
du Grand Palais, est une exposition qui se tient sous la nef
centrale, jusqu'au 1er juin.
Parmi les 42 artistes Résidents,
seules 7 femmes sont présentées : Véronique
Aubouy, le duo Butz & Fouque, Frédérique Loutz,
Anita Molinero, Cannelle Tanc (en collaboration avec Frédéric
Vincent) et Virginie Yassef. Dans cette exposition qui revendique
son ambition de représentativité de
la scène artistique française, les femmes constituent
donc 16% des effectifs.
Comment la Force de l'Art qui prétend
être un « grand rendez-vous donné à
la création en France » et à
« l'actualité de la scène française » peut-elle
ignorer à ce point l'ampleur, la diversité, le professionnalisme
et l'engagement de toute une partie de cette scène artistique
?
Comment peut-elle postuler la validité et
la « Force » de son projet alors
même qu'elle néglige l'importance de celles dont le
travail est désormais incontournable, aussi bien à
l'étranger qu'en France et qui contribuent sans relâche
à faire évoluer le débat artistique français,
par la qualité de leurs contributions plastiques, de leur
discours et des expositions qui leur sont consacrées, aussi
bien dans les galeries que dans les institutions ?
Bien que cela soit tentant, il serait trop simple,
et sans doute naïf, d'amalgamer les raisons de ce choix curatorial
disproportionné avec la composition strictement masculine
de son appareil décisionnaire, depuis ses commissaires (Jean-Louis
Froment, Jean-Yves Jouannais, Didier Ottinger - le quatrième
mousquetaire, Marie-Claude Beaud, s'étant finalement retiré
du projet) jusqu'à son commanditaire (le Délégué
aux Arts Plastiques, Olivier Kaeppelin) en passant par son scénographe
(Phillipe Rahm).
Le problème est plus général
et renvoie ? une situation nationale. Car si l'on considère
la proportion dans les collections publiques d'oeuvres produites
par les femmes « 15% en moyenne » la
Force de l'Art n'est pas une surprise, ni le reflet d'un sexisme
ponctuel ou isolé.
Rappelons qu'aujourd'hui, 60% des artistes diplômés
des écoles des Beaux-Arts en France sont des femmes. Comment
expliquer qu'au mouvement de changement social qui s'est accéléré
ces dernières années et qui a permis, entre autres,
la nomination en masse de femmes à des postes de direction
(centres d'art, musées et Fonds Régionaux d'Art Contemporains),
ne corresponde pas un souci d'ouverture équivalent concernant
les artistes ?
Le Musée National d'Art Moderne lui-même
affiche des statistiques affligeantes comme préambule de
sa prochaine exposition elles@centrepompidou, avec ce slogan:
« Au Centre Pompidou les femmes représentent 17,7
% des artistes dans les collections du musée. La nouvelle
présentation des collections leur est consacrée à
100% ». Ce nouvel accrochage, qui durera une
année, dans la lignée des présentations thématiques
Le mouvement des images (2006-2007) et Big Bang
(2005-2006) ? la femme est donc un thème ? a sans
doute pour objectif louable de rectifier le tir et de faire acte
(temporaire) de rééquilibrage et de contrition. Mais
c'est justement le caractère temporaire et contrit de l'entreprise
qui pose le problème de façon cruciale. L'exposition
elles@centrepompidou, avec son sponsor si « typiquement
féminin », Yves Rocher ! « votre partenaire
beauté ! (parce qu'elles le valent bien !) »
symbolise parfaitement la place assignée aux femmes artistes
au plus haut niveau de l'institution française : précaire,
périphérique, ponctuelle, toujours à caractère
d'exception ; les femmes artistes y sont, en outre, systématiquement
renvoyées à la supposée spécificité
de leur genre.
Face à cette profession de (bonne) foi du
Musée National d'Art Moderne, il est intéressant de
noter que si Beaubourg avait décroché de la présentation
précédente des collections toutes les oeuvres produites
par des hommes, il ne serait resté qu'une poignée
d'oeuvres signées par 5 femmes. Une autre façon de
faire le vide ?
Il est urgent d'en finir d'une part avec la sous-représentation,
d'autre part avec ce caractère d'exception, et enfin avec
l'évaluation systématique du travail artistique des
femmes en regard de la production des hommes. Il faut que leur production
artistique cesse d'être considérée comme « une
place stratégique, une matrice, un arrière-plan, un
écran pour l'action des hommes » (Donna Haraway,
Ecce Homo).
Il nous semble important d'ouvrir ensemble ce chantier,
sans lequel la France, dont on signale souvent, à tort ou
à raison, le déclin d'influence sur la scène
artistique et intellectuelle internationale, ne fera qu'accroître
son isolement et son retard.
C'est l'ambitieux projet de la Force de l'Art
que d'affirmer et de diffuser, non seulement en France, mais aussi
et surtout à l'étranger, la qualité, la vitalité,
la « force » de la scène artistique
française.
Qu'il en soit donc ainsi, non avec la moitié,
mais avec l'ensemble de ses acteurs.
Isabelle Alfonsi
Galeriste et critique d'art
Claire Moulène
Journaliste et commissaire d'exposition indépendante
Lili Reynaud-Dewar
Artiste et enseignante à l'Ecole des Beaux-Arts de Bordeaux
Elisabeth Wetterwald
Critique d'art et enseignante à l'Ecole des Beaux-Arts
de Clermont-Ferrand |