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/exposition/mars/2008

Jean Baptiste Blom
Photographismes

vernissage le jeudi 20 mars 2008 à partir de 19 heures
exposition jusqu'au 30 mars 2008

Photographismes

Un art du contexte

Depuis plus de quinze ans on assiste à une révolution quasi permanente des moyens informatiques qui touchent l’ensemble des arts plastiques. Mais on peut dire, heureusement, que dans le champ du graphisme, les fondamenteaux restent inchangés.

Il s’agit en tant qu’enseignant, non seulement de transmettre une expérience qui, concernant ma génération, est riche de complexité et de diversité technique (et artistique) : de l’expérience de la typo au plomb, aux techniques d’impressions telles que lithographie, sérigraphie, offset, ou celles de la photographie et de l’informatique, toutes acquises dans mon cas. Mais il est nécessaire aussi de ramener l’ensemble de ces savoirs-faire à ce qui les stimule, à savoir la création et son contexte.

Cette précision pour introduire le fait que, si il est inconditionnel de maîtriser un ensemble de techniques, de les enseigner en connaissance de cause, en insistant sur une logique d’usage, il convient aussi de resituer la pratique du graphisme et son objet dans un champ plus large que celui de l’outil informatique et ses dérivées.

D’autant qu’il existe aujourd’hui une grande porosité entre différentes formes d’expressions plastiques, dont le graphisme. Pour l’enseigner comme pour le pratiquer peut-être faut-il régulèrement redefinir ce qui le fonde ? En avoir une vision et la partager avec des élèves qui auront non seulement à pratiquer ce métier mais aussi à le faire évoluer.

Le graphisme doit s’entendre comme une pratique de «design de l’information» qui repose nécessairement sur l’analyse de «contenus», sur la compréhension de «contextes» et sur l’expression de «connaissances». La «communication» étant la procédure d’application de ce design. La tradition humaniste à laquelle le graphisme était profondément ancré par le livre, n’est plus de mise aujourd’hui.

Et selon qu’il s’adapte à la mode, à la publicité, à l’édition, etc... Le graphisme ne répond pas aux mêmes exigences. On peut s’interroger en tant qu’enseignant sur ce qui détermine ces différentes pratiques afin de mieux orienter les étudiants...

Le graphisme ne pourraît-il pas aujourd’hui revendiquer une singularité dans le travail de médiation sociale, culturelle, politique et commerciale opéré par le graphiste et son commanditaire. D’avancer la possibilité d’un graphisme d’auteur en antithèse à l’infographie, de mieux en mieux servie par la technologie même.

Pour orienter cette possible hypothèse, j’ose cette citation en la paraphrasant : ... calligrammes d’Appolinaire, tableaux-partitions... à la Klee, typographie à la Rodtchenko, poêmes-objets du surréalisme,etc. Tous ces cas mettent en œuvre une idée de la surface strictement opposée au paradigme moderniste : la surface n’y est pas la gardienne de la pureté de l’art... Elle est au contraire une surface d’échange ou les procédures et les matérialités glissent les unes sur les autres, ou les signes deviennent des formes et les formes deviennent des actes. Les formes de l’art ne se distinguent pas des propositions du langage. Elles ne se distinguent pas, non plus, en dernières instance des formes de construction de la vie «non artistique». Jacques Rancière, l’espace des mots. De Mallarmé à Broodthaers. Musée des Beaux-Arts de Nantes.

Cette «vie non artistique», cette vie quotidienne, éphémère et problématiquement urbaine, n’est-elle pas le canevas à partir duquel aujourd’hui se déploierait le design graphique en ce qu’il cherche à atteindre et à répondre aux attentes du citoyen. Chacun étant par ailleurs citoyen et consommateur. La ville semble avant tout le théâtre/la surface qui résiste, tout en l’incorporant, à l’uniformité marchande. Certes, le graphisme répond aussi aux besoins de la publicité, qui fait part de la ville, mais l’étonnement du flaneur baudelairien s’est bien érodé et rares sont les exemples d’annonces ,alors miraculeuses, d’une poétique du quotidien.

C’est dans ce contexte que les étudiants seront amenés à exercer. S’appuyer uniquement sur «le petit monde illustré du graphisme» est facile; mâitriser ses outils informatiques, nécessaire; agir et conçevoir dans un contexte donné, un métier. Enfin, nous faisons partie de réseaux de professionnels, d’écoles, de cultures qui dépassent les frontières auxquels les étudiants doivent aussi être exposés. Un projet pédagogique qui conjugue l’infiniement intime et le plus largement collectif...

Jean Baptiste Blom

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