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Chaïbia Talal est née
en 1929 à Tnin Chtouka, près de la ville El Jadida,
peintre autodidacte, elle a produit une riche collection d'œuvres.
Depuis sa première exposition à Casablanca
en 1966, les œuvres de ChaÎbia ont sillonné le
monde et figurent dans de prestigieuses collections publiques et
privées dans plusieurs pays.
Dans les années 1990, Chaïbia s'était
attachée à peindre des portraits de groupes et de
femmes marocaines.
En mai 2003, Chaïbia avait reçu à
Paris la médaille d'or de la société académique
française d'éducation et d'encouragement Arts Sciences
Lettres.
En 2004 Chaïbia Talal s'est éteinte
à l'âge 75 ans à Casdablanca.
Chaîbia, une Femme, un Peintre
Lorsque je rencontrai Chaïbia pour la première
fois, chez elle, à Casablanca en novembre 1992, je fus tout
de suite séduite par son rayonnement intérieur, par
son charisme. Comment cette femme au parcours absolument inhabituel
avait elle pu garder cette fraîcheur et cet enthousiasme malgré
les aléas de la vie; elle fut tour à tour une petite
fille de la compagne élevée de manière traditionnelle
et destinée à l'accomplissement des travaux domestiques
et agraires, jeune épouse à treize ans et veuve prématurée,
et chef de famille peu de temps après. Issue d'un milieu
totalement étranger au monde de l'art sa carrière
fut fulgurante. J.J. Lévèque exprimait l'idée
quelques années auparavant qu'elle n'aurait jamais été
reconnue s'il n'y avait pas eu la remise en question de l'art contemporain;
cela est vrai pour de nombreux artistes précurseurs comme.
Dubuffet ou Corneille. Peu d'artistes connaissent une aussi parfaite
adéquation entre leur vie et leur oeuvre : si l'on se réfère
à des toiles des premières années comme "la
femme berbère", cet embryon aux yeux apeurés
qui semble sortir de la gangue originelle et qui s'éveille
à la vie, encore emprisonnée dans sa bulle protectrice,
Chaïbia y peint la difficulté de naître et de
s'exprimer pour une femme traditionnelle.Si l'on se penche sur une
photographie de l'artiste à ses débuts, telle celle
réalisée pour le catalogue d'exposition de la galerie
Solstice en 1966, l'artiste paraît plutôt gauche et
timide, coiffée de son bonnet qui lui donne une allure juvénile
et compagnarde. C'est ainsi que Chaïbia "se peint",
elle a maîtrisé le sujet; point n'est besoin d'avoir
recours à l'illusionnisme pour représenter la femme
berbère telle que les peintres orientalistes du début
du siècle la montraient avec ses lourdes parures d'argent
et les yeux soulignés de khol , ainsi que ses tatouages;
celle de Chaïbia des années 1970 est une femme militante,
frôle mais dont l'énergie est intacte. Elle entre dans
la civilisation actuelle et exprime dans son regard déterminé
sa volonté de reconnaissance. Chaïbia n'en appelle nullement
à un nouveau réalisme tel qu'il a pu s'exprimer dans
la peinture française de Bernard Buffet dans les années
48 ou par les peintres engagés du monde arabe quelques années
plus tard. Chaïbia exprime sa propre vision sans aucun souci
d'école.De la même façon la femme d'EL Jadida,
cette toile des années 78 qui appartient à la collection
de l'Art brut à Lausanne n'exprime pas une représentation
de type illusionniste. Elle nous apparait, telle une Athéna
guerrière bardée d'une cuirasse, coiffée d'un
couvre-chef de guerrier indien, tenant à la main les attributs
de l'Athéna combattante; Un poulpe, symbole souvent employé
dans le vocabulaire berbère se tient malicieusement à
sa gauche. Un large dessin contour, des couleurs vives sont employées
pour signifier cette femme à l'allure combattante. Chaïbïa,
dans cette toile nous révèle une femme bien différente
des précédentes.La peinture de Chaïbia devient
de plus en plus expressive tendant vers l'essentiel : sa propre
vision du monde. C'est ainsi que dans les années quatre vingt
dix Chaïbia peint de plus en plus de portraits et de groupes
où elle ne dépeint plus le réel mais où
elle évoque l'impondérable : la fierté de la
femme fassi dans "Fassia", le goût de la fête
et le monde ludique du cirque dans sa grande composition "les
comédiens". Chaïbia peint de manière irréaliste,
avec un sens humoristique inné. Devenue figure de proue de
la modernité et porte flambeau de la femme au Maroc, elle
demeure inclassable.
Propos recueillis par Nicole ARBOUSSET
Expositions
1966 - Goethe-Institut , Casablanca - Morocco
1966 - Solstice gallery, Paris - France
1966 - Salon des Surindépendants , Musée d’Art
Moderne, Paris - France
1969 - "Ecole marocaine", Copenhagen - Denmark
1969 - "Kunstkabinett", Frankfurt – Germany
1970 - "Les Halles aux Idées", Paris – France
1971 - "Dar America", Casablanca, Rabat, Marrakech, Fes,
Tangier – Morocco
1972 - Ventes aux enchères, Drouot, Paris – France
1973 - "L’œil de Bœuf" gallery (CIPAC),
Paris – France
1974 - "Ivan Spence" gallery, Ibiza – Spain
1974 - "Salon des Réalités Nouvelles", Paris
– France
1976 - "Biennale d’Art", Menton – France
1977 - "Salon de Mai", Musée d’Art Moderne,
Paris – France. "Salon des Réalités Nouvelles",
Paris – France
1980 - "Engel gallery", Rotterdam - Netherlands
1980 - "Fondation Juan Miro", Barcelona – Spain |