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/biographie/
Joseph Beuys |

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Joseph Heinrich Beuys, né
à Krefeld le 12 mai 1921 et décédé le
23 janvier 1986 à Düsseldorf ; artiste allemand qui
a produit nombre de dessins, sculptures, de performances, de vidéos,
d'installations et de théories, dans un ensemble artistique
très engagé politiquement.
Le travail de Joseph Beuys est un questionnement
permanent sur les questions de l'humanisme, l'écologie, la
sociologie — et en particulier de l'anthroposophie. Cela le
conduisit à définir notamment le concept de «
sculpture sociale » en tant qu'oeuvre d'art totale, énoncée
dans les années 1970 avec « Chaque personne un artiste
», par l'exigence d'une concertation créative entre
la société et le politique.
A la fois controversé et admiré, Joseph
Beuys est considéré comme le pendant allemand des
artistes Fluxus, et compte au niveau international comme l'un des
artistes majeurs de l'art contemporain. |
Free
International University Amsterdam |
Biographie
Sa vie commence déjà par une fiction.
Il déclarait être né à Clèves
et non à Krefeld. C'est en découvrant des illustrations
des sculptures de Wilhelm Lehmbruck que Beuys ressent grandement
la volonté de devenir sculpteur au cours des années
1930. Il obtiendra son baccalauréat en 1940, juste avant
d'être enrôlé en tant que pilote dans l'armée
de l'air allemande.
Un évènement va être déterminant
pour la suite de sa vie : pilote de la Luftwaffe sur le front russe
pendant la Seconde Guerre mondiale, il s'écrase en Crimée.
Recueilli par des nomades Tatares qui lui donnent du miel en guise
de nourriture, il revient à la vie, recouvert de graisse
et enroulé dans des couvertures de feutre. Ces éléments
qui lui ont sauvé la vie deviendront récurrents dans
sa production artistique (exemple: La Pompe à Miel).
Dès lors, à partir de la fin de la
guerre, il devient la figure emblématique du mouvement Bewegung.
Sa production artistique constituée d'actions, de peintures,
de dessins, de sculptures, de vitrines s'étend sur plus de
30 ans où, simultanément, il réalise de nombreuses
conférences (Londres, Düsseldorf, Bruxelles, Paris,
New York,...) tout en enseignant dans de nombreux instituts (Düsseldorf,
1961-1972). |
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Une vie, une oeuvre
Une mythologie individuelle
C'est à partir de son accident en Crimée
(ou sur le mythe de cet accident) qu'il va édifier une œuvre
à caractère autobiographique et métaphorique
qu'il qualifie de "mythologie individuelle". Les croix
rouges qui apparaissent dans certaines de ses œuvres comme
Infiltration homogène pour piano à queue (1966) rappellent
ainsi des souffrances occultées, personnelles ou ancestrales.
La symbolique passe également par l'emploi de matériaux
non-conventionnels. L'oeuvre de Joseph Beuys a une vocation thérapeutique
qui vise à guérir la société de ses
maux, ce qui n'est pas sans rappeler les études de médecine
qu'il suit avant d'être interrompues par la guerre.
En août 1979, Bernard Lamarche-Vadel interroge
J. Beuys à propos d’une crise globale psychique survenue
entre 1955 et 1957, qui permettra à l’artiste d’effectuer
une remise à plat de tout ce qui affecte sa vie et d’établir
les principes fondamentaux de son art : “Je pense que les
événements les plus globaux sont toujours étroitement
lies à ce que les gens appellent une mythologie individuelle.
Car pendant cette période, il n’y eu pas seulement
une recherche globale aboutissant à une théorie, que
l’on pourrait écrire sur un tableau noir comme un schéma,
mais ce fut aussi une période très productive avec
beaucoup de concepts et ce que l’on définira plus tard
comme des traits initiatiques chamanistiques. Aussi beaucoup de
dessins furent produits avec un caractère radicalement différent
des schémas dits « théoriques » du corps
social. Il y eut également à partir de cette époque
des sculptures, puis des objets et des performances, des actions
à caractère intermedia, avec l’acoustique ou
la musique. Ces derniers étaient dans la suite très
logique des concepts déjà présents dans les
dessins. »
Matériaux
A partir de 1964, Beuys inclut dans ses installations
des matériaux organiques qui lui tiennent à cœur
depuis son accident d'avion : le feutre qui isole du froid, la graisse
symbole de chaleur et d'énergie, le miel, mais aussi la cire
d'abeille, le terre, le beurre, les animaux morts, le sang, les
os, le soufre, le bois, la poussière, les rognures d'ongles,
les poils. Ces derniers matériaux montrent la réutilisation
par Beuys des déchets, non pas pour les magnifier, mais pour
les mettre au service de l'art et explorer leur matérialité.
Joseph Beuys s’explique sur l’emploi de trois de ses
matériaux de prédilection dans ses objets et lors
de ses actions , à savoir la graisse, le cuivre et le feutre
: « Oui. J’ai utilisé davantage de matériaux
au début et ils étaient plus conventionnels. Mais
après la crise, j’ai commencé une nouvelle théorie
et j’ai essayé de trouver les matériaux adéquats
pour exprimer mes préoccupations avec de novelles énergies,
avec les problèmes d’énergie en général
et ma compréhension de la théorie de la sculpture.
J’ai réalisé que nul ne connaissait le réel
caractère de ce dont il parlait chaque jour, la sculpture,
et que nul ne connaissait la constellation des énergies mises
en jeu par la sculpture. Aussi j’ai essayé de pourfendre
cette idée conventionnelle : la sculpture ; ce n’était
pas pour moi uniquement le fait de travailler dans un matériau
spécial mais la nécessité de créer d’autres
concepts de pouvoirs de pensée, de pouvoirs de volonté,
de pouvoirs de sensibilité. La graisse fut par exemple pour
moi une grande découverte car c’était le matériau
qui pouvait apparaître comme très chaotique et indéterminé.
Je pouvais l’influencer avec la chaleur ou le froid et je
pouvais le transformer par les moyens non traditionnels. De la sculpture
tels que la température. Je pouvais transformer ainsi le
caractère de cette graisse d’une condition chaotique
et flottante en une condition de forme très dure. Ainsi la
graisse se déplaçait-elle d’une condition très
chaotique en un mouvement pour se terminer dans un contexte géométrique.
J’avais ainsi trois champs de puissance et, là, était
une idée de la sculpture. C’était la puissance
dans une condition chaotique, dans une condition de mouvement et
dans une condition de forme. Et ces trois éléments,
forme, mouvement et chaos étaient de l’énergie
non déterminée d’où j’ai tiré
ma théorie complète de la sculpture, de la psychologie
de l’humanité comme pouvoir de volonté, pouvoir
de pensée et pouvoir de sensibilité ; et j’ai
trouvé que c’était là le schéma
adéquat pour comprendre tous les problèmes de la société.
Il y avait aussi, impliqué organiquement le problème
du corps social, de l’humanité individuelle, de la
sculpture et de l’art en lui-même. J’avais besoin
de moyens d’expression. J’avais déjà la
graisse. J’avais besoin par ailleurs d’un élément
très rapide, porteur d’électricité, ce
fut le cuivre. Et puis j’avais besoin d’autre chose
pour isoler tel secteur de tel autre et j’utilisai alors le
feutre. Ainsi, on pourrait dire que c’était le premier
concept sur le plan de l’énergie... mais c’est
aussi une sorte d’anthropologie ! » (Lamarche-Vadel,
Joseph Beuys, is it about a bicycle ?, Marval, galerie Beaubourg,
Sarenco-Strazzer, 1985) |
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Une œuvre totale
Un projet de vie
L'originalité de Beuys tient à ce
que, non content de construire son œuvre sur le récit
de sa vie (démarche inédite à l'époque),
il retourne les termes du problème et s'efforce de mener
son œuvre comme un projet existentiel.
L'artiste s'invente un personnage (reconnaissable
à son chapeau et son gilet) qui investit tous les domaines
: professorat à l'académie des Beaux-Arts de Düsseldorf,
création du Deutsche Studenten Partei en 1966, puis d'une
Université libre internationale (manifeste de 1972) ; activités
politiques et sociales diverses comportant une dimension ironique
et ambigüe.
C'est en partie à cause de cette ironie sous-jacente
que Beuys a été décrié par certains
de ses contemporains : il lui fut reproché, entre autres,
la dimension mystique de son œuvre, la récupération
de l'Histoire (la tragédie de la Seconde Guerre mondiale
est un thème récurrent de ses travaux), mais surtout
une certaine propension au culte de la personnalité.
La sculpture sociale
Beuys crée le concept de sculpture sociale
devant permettre d'arriver à une société plus
juste ; il pense que tout homme est artiste, et que si chacun utilise
sa créativité tous seront libres.
Les travaux de Beuys ont donc de nombreuses clefs
d'entrée ; ils participent à la fois de ce qu'on appelle
une œuvre d'art totale (Gesamkunstwerk) et de formes artistiques
basées sur la sensation et sur le sensationnel. |
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Analyse de quelques œuvres
Wie man dem toten Hasen die Bilder erklärt
L'action intitulée : Comment Expliquer Les
Tableaux À Un Lièvre Mort est présentée
à la Galerie Schmela, à Düsseldorf, le 26 novembre
1965. Cette performance, d'une durée de trois heures, inaugure
la première exposition de Beuys dans la galerie du marchand
Alfred Schmela. L'artiste tient sur son sein un lièvre mort,
comme il le ferait d'un enfant. Il se déplace dans la galerie
vers les tableaux pour les montrer au lièvre mort, s'en approchant
jusqu'à les toucher. Sa tête est recouverte de miel
et de poudre d'or ; exceptionnellement il ne porte pas le chapeau
de feutre qui le caractérise tant. À plusieurs moments
il s'assied sur un tabouret juché sur une armoire métallique,
en murmurant au lièvre des choses incompréhensibles
pour le public. Au pied droit de Beuys est attaché une longue
semelle d'acier contre laquelle est déposée une semelle
de feutre de même dimension. L'un des pieds du tabouret est
serti dans un rouleau de feutre et l'on distingue sous ce même
tabouret deux os. Dans ces os, de même que dans la semelle
d'acier, sont cachés des micros grâce auxquels sont
retransmis les propos murmurés de l'artiste expliquant le
sens de l'art au lièvre mort. Les pas de Beuys se déplaçant
avec l'animal dans la galerie sont également audibles au
dehors ; en effet, le public n'a pas accès directement à
la scène. Il peut cependant l'observer à travers une
porte vitrée, une fenêtre et des images vidéos
retransmises en direct à l'extérieur de la galerie
sur un téléviseur.
Cette action affirme une nouvelle fois, un concept
« élargi » de la notion d'art ; l'homme en est
le maillon principal, et son lien aux tableaux comme à une
source de l'inconscient se révèle alors aussi important
que les tableaux en eux-mêmes.
I like America and America likes Me
Joseph Beuys débute cette action alors qu'une
exposition est annoncée à New York, en mai 1974, dans
la galerie René Block. Une ambulance se présente au
domicile de l'artiste à Düsseldorf, en Allemagne. Il
est alors pris en charge sur une civière, emmitouflé
dans une couverture de feutre. Il va alors accomplir un voyage en
avion à destination des États-Unis, toujours isolé
dans son étoffe. À son arrivée à l'aéroport
Kennedy de New York, une autre ambulance l'attend. Surmontée
d'un gyrophare et escortée par les autorités américaines,
elle le transporte jusqu'au lieu d'exposition. De cette façon,
Beuys ne foulera jamais le sol américain à part celui
de la galerie. Il coexiste ensuite pendant trois jours avec un coyote
sauvage, récemment capturé dans le désert du
Texas, qui attend derrière un grillage. Avec lui, Beuys joue
de sa canne, de son triangle et de sa lampe torche. Il porte son
habituel chapeau de feutre et se recouvre d'étoffes, elles
aussi en feutre, que le coyote s'amuse à déchirer.
Chaque jour, des exemplaires du Wall Street Journal, sur lesquels
le coyote urine, sont livrés dans la cage. Filmés
et observés par les visiteurs derrière un grillage,
l'homme et l'animal partageront ensemble le feutre, la paille et
le territoire de la galerie avant que l'artiste ne reparte comme
il était venu.
Pour certains, Beuys, à travers cette action,
souligne le fossé existant entre la nature et les villes
modernes ; par le biais de l'animal, il évoque aussi les
Amérindiens décimés dont il commémore
le massacre lors de la conquête du pays. Le coyote cristallise
ainsi les haines, et est considéré comme un messager.
Pour d'autres, Beuys engage ici une action chamanique. Il représente
l'esprit de l'homme blanc et le coyote celui de l'esprit indien.
Le coyote est un animal intelligent, vénéré
jadis par les indiens d'Amérique et qui fût persécuté,
exterminé par les blancs. Ainsi Beuys essaie de réconcilier
l'esprit des blancs et l'esprit des indiens d'Amérique. Il
parle même de réconciliation karmique du continent
nord-américain.
La canne est pour lui le symbole de l'Eurasie unie
en un continent solidaire.
Beuys ouvre la voie par cette démonstration
à une nouvelle forme de réflexion artistique : il
est «conducteur» au même titre que ses matériaux
de prédilection. |
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Bibliographie sélective
Hiltrud Oman, Joseph Beuys. Die Kunst auf dem Weg zum Leben.,
Heyne, Munich, 1998
Bernard Lamarche-Vadel, JOSEPH BEUYS is it about a bicycle ?,
1985, Marval/Paris, galerie Beaubourg/Paris, Sarenco-Strazzer/Vérone
Alain Borer, Joseph Beuys un panorama de l’œuvre, 2001,
La Bibliothèque des Arts, Lausanne |
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